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La Carreto Ramado

par Éliane REYNAUD

Première publication : 1er janvier 0
mise en ligne : jeudi 19 septembre 2002

Aujourd’hui, Saint jean, Saint Roch, et quelques autres patrons de paroisse sont associés à la course de la Carreto Ramado, tradition aux sources lointaines et incertaines. carreto ramado Il s’agissait d’abord, et uniquement pour la Saint Eloi, d’un exercice d’habileté de la part des charretiers, ainsi que d’une fière présentation des animaux de labour, le tout lié à des fêtes villageoises.

Si l’on se réfère à Frédéric Mistral, la sortie de la Carreto Ramado est tout d’abord associée à la Fête de Saint Eloi, et la première appellation en serait sans doute Carreto de Sant Aloi.

Il faut savoir que ce personnage canonisé, surtout connu comme le ministre des finances du roi Dagobert, était originaire du Limousin. Patron céleste des orfèvres mais aussi de tous les travailleurs sur métaux, il est donc celui des maréchaux-ferrants. De là à ce qu’il devînt le protecteur des chevaux de labour, il n’y avait qu’un pas, vite franchi. Sur la lancée, on le fit aussi, en Provence, patron des "ménagers", c’est à dire des fermiers.

Mais, très curieusement, les laboureurs de la Grèce antique célébraient, bien avant notre ère, une fête qui portait le nom d’Aloa... Le rapprochement phonétique est à faire.

Un autre indice permet de penser que l’origine de cette coutume n’a rien de religieux : jadis, en Provence, "faire Sant Aloi" (faire Saint Eloi ou Aloa ?) signifiait faire du tapage, s’enivrer et même... battre sa femme !

D’ailleurs, le fait n’est pas exclusivement provençal et la carreto de Narbouno parcourait les rues des villages en fête, dans le sud de l’Aude, au siècle dernier. Il s’agissait là d’une charrette décorée et tirée par cinquante mulets.

Au caractère de célébration de la nature nourricière de cette fête s’ajouta, peu à peu, une tendance corporatiste, avec les confréries de charretiers. La course de la Carreto Ramado devint donc une véritable démonstration de savoir-faire. On prenait des risques en faisant courir très vite les chevaux et en négociant des virages acrobatiques.

Mais l’occasion était trop belle aussi, pour les propriétaires des bêtes de trait, pour ne pas montrer leur richesse. carreto2 Les harnachements rivalisaient de beauté et c’était un grand honneur que de pouvoir atteler un cheval parmi les 25 ou 30 qui tiraient la fameuse charrette. Un dicton nous reste encore, lorsque l’on veut parler des riches atours d’une femme ou d’une personne vêtue avec ostentation : "semblo un davans de Saint Aloi" (elle ressemble au cheval de devant de la charrette de Saint Eloi).

Tout comme pour la préparation d’un char de carnaval, celle de la Carreto Ramado ne s’improvise pas la veille de sa sortie. On désigne pour l’année des responsables : des bailes.

Des mois à l’avance, on discute. On retient les plus beaux colliers, les plus belles parures pour harnacher "à la mode sarrasine" les bêtes de l’attelage. La veille, on "arrame" la charrette c’est à dire qu’on pare de feuillage les brancards, les roues, les ridelles... On fleurit les colliers, on cire le cuir, on fourbit les grelots...

Il arrivait parfois que, le samedi, on fit faire un petit galop d’essai à l’attelage, mais c’était surtout le dimanche matin qu’avait lieu la grande sortie.

La messe se célébrait ensuite et l’après-midi, la carreto parcourait à nouveau les rues en fête. Les joueurs de tambourin et de galoubet prenaient place au milieu de la verdure et des fleurs pour rythmer son avancée...

La coutume s’était peu à peu perdue, et l’apparition des tracteurs agricoles paraissait lui avoir asséné le coup de grâce. Mais la Provence, terre de maintenance, a réagi depuis. Lors des fêtes votives, la longue file des chevaux parcourt toujours les rues et les mots du poète sont d’actualité

 ... ai vist la Ramado ... J’ai vu la Charrette Ramée
 Faire en vilo sa passéjado Faire en ville son parcours
 E cinquanto miols pla parats Et cinquante mulets joliment parés
 Montas pèr cinquanto goujats Montés par cinquante garçons
 Atalats à-n-uno carreto. Attelés à une charrette.


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1 Le 26 septembre 2002 à 13:49, par Salvador

Je crois savoir qu’ à Chateaurenard, la carreto ramado se fait surtout à la Saint-Eloi mais aussi pour les fêtes de la Madeleine.

pour une des deux fêtes, elle se déroule sous les accents de l’ Internationale.

Qui en saurait plus ?

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2 Le 26 septembre 2002 à 15:19, par Claudius
§idee§Celle "aux accents de l’Internationale" est la charette de la Madeleine. Je crois qu’elle défile début août. (Je dis bien je crois car moi aussi je m’emmêle un peu les pinceaux...)
3 Le 26 septembre 2002 à 20:43, par cafetier
la madeleine c’est début aôut...les madeleins sont communistes(il en reste...§furieux§)...mais je ne sais pas s’ils vont jusqu’a chanter l’internationale...
4 Le 6 octobre 2002 à 21:25, par furet
La St Eloi c’est pour le premier dimanche de juillet. La Madeleine c’est le premier dimanche d’aout. Il est vrai que sur le parcours la musique joue cet air connu qui est "l’internationale".Et que les charetiers portes la taillole(je ne suis pas du tout sur de l’orthographe,corrigez moi au besoin)rouge, pour la St eloi la taillole est bleu censé representer la couleur du clergé.
5 Le 7 octobre 2002 à 23:02, par Salvador

Merci Furet ! §oui§

Dans le futur Vade Mecum (lexique) je citerai tes précisions !

10 Le 5 août 2008 à 13:32, par craulen

L’internationale n’est pas le seul air joué en boucle tout au long du defilé de la Madeleine : il y a aussi la Marseillaise et la Carmagnole. Les madelénins ne sont donc pas forcément communistes, mais représentent les forces de la gauche, telles qu’elles se définissent au début du XXème siècle, quand (en 1907) la confrérie de Sainte Madeleine s’est transformée en "société des madelénins". La Carmagnole représente l’attachement aux idées de la Révolution. La Marseillaise représente l’attachement à la République (le buste de Marianne a d’ailleurs remplacé la statue de Ste Madeleine au sommet de la charrette). L’Internationale représente les espoirs des plus pauvres, à une époque ou socialistes et communistes sont encore unis (jusqu’au congrès de Tours de 1919).

Il ne faut pas oublier qu’en 1907, la France vient de traverser la crise de l’affaire Dreyfus, puis la séparation des biens de l’église et de l’état, et d’inventer la laïcité. Les madeleinins, laïques, républicains et socialistes, s’opposent donc aux membres de la Saint Eloi, catholiques, encore souvent royalistes (une reproduction du château féodal de Chateaurenard trône au sommet de la charette, là où devrait se trouver la statue de St Eloi) et conservateurs.

Les 2 fêtes, vieilles de plusieurs siècles, sont donc devenues au début du XXème siècle des tribunes politiques, et illustrent, à l’échelle d’un village, la profonde division du pays tout entier. Aujourd’hui, comme partout, les antagonismes se sont atténués. Mais les symboles politiques sont restés, et font aujourd’hui partie du folklore du village.

6 Le 18 décembre 2002 à 16:55, par cortex

La madeleine est une fête laïque et chante l’internationale sur son parcours(donc communiste).

La saint éloi est chrétienne et les charretiers portent des tailloles jaunes avec un pantalon de travail bleu. D’ailleurs les couleurs de tailloles changent selon le village. Il y a jaune, bleu, verte, jaune/rouge et rouge

Car de début juin à mi septembre, tous les dimanches il y a une carreto. Il y a 10 saint éloi, 2 saint roch et une saint jean, plus la madeleine et les enclumes qui sont 2 carreto laiques.

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7 Le 19 décembre 2002 à 12:40, par Salvador

§oui§ Merci cortex !

Tes indications sont précicieuses ! et enrichiront le Vade Mecum...

Mais, suivant le principe du "toujours plus", pourrais-tu préciser :

 1 "les couleurs de tailloles changent selon le village. " : quels sont les villages et leurs couleurs correspondantes

 2 "les enclumes " : ont-elles un aspect particulier ?

Encore merci par avance !

9 Le 6 janvier 2004 à 22:42, par cortex

Couleur des Tailloles selon le village :

Noves:Jaune (St Eloi)

Maussane:rouge/jaune (St Eloi)

Molléges:jaune (St Eloi)

Barbentane:rouge/jaune/rouge

Eyragues:Aucune (St Eloi)

Chato:Jaune (St Eloi)

Rognonas:Verte (St Eloi)

Maillane:jaune (St Eloi)

Graveson:Bleu (St Eloi)

Chato:Rouge Madeleine

St Etienne du Gres : Bleu Ciel (St Eloi)

Rognonas : jaune (St Roch)

Boulbon:Aucune (St Eloi)

Paluds de Noves:Jaune (St Roch)

Crau de Chato:Aucune (Enclumes)

Pour ce qui est de la forme de l’enclume je t’envoie une photo.

8 Le 11 avril 2003 à 11:51, par Jean Louis ROBIN
je souhaite utiliser votre texte sur "La Carreto Ramado", pour le joindre à un dossier sur les festivités d’été à paraitre sur http://avignon.wanadoo.fr. Pouvez vous me donner votre accors par mail, s’il vous plait. Cordialement, JL ROBIN
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